ENDIVE, WITLOOF, CHICON ET COMPAGNIE

Pour une fois, je vous propose d’être humoristiques, analytiques et historiques (ou riens) à la fois.
Au lieu de prononcer cette expression qui dit :
 «  il y a de quoi y perdre son latin. »
Je vous propose de la dépoussiérer en disant :
« il y a de quoi y perdre son accent belge. »
Une fois. (bien sûr).

Car c’est une histoire belge que je vais vous raconter.
Belge oui, mais aussi française et européenne par la force des choses.
Soyez sans crainte, j’ai habité 30 ans sur la frontière et j’ai toujours eu du respect pour mes amis belges de l’autre côté, quels qu’ils soient, dans un sens comme dans l’autre et vice versa.

Mon histoire commence d’ailleurs du côté européen pour ne pas faire de jaloux.

Elle commence à l’époque où l’on venait de découvrir le café.
Ces sont les pèlerins musulmans qui, au XV° siècle, rapportèrent le café appelé K’hawa.

Au XVI° siècle, ce sont les Vénitiens qui, ayant le nez creux, se mirent à importer du café.
Une denrée nouvelle, un breuvage nouveau (up to date), forcément réservé à ceux qui ont les moyens de s’en payer.
Donc une affaire lucrative en perspective.

Il y a toujours des petits malins (les Anglais pour ne pas les nommer) qui se disent «Y’a bon» et décident de se remplir les poches en important du café à partir de leurs colonies.

On achetait donc le café à nos amis futurs bréxiteurs (ils ne le savaient pas encore).
Les uns se remplissait leurs poches pendant que les autres buvaient la tasse.

Et voilà que l’histoire tourne des pages et que Napoléon frappe à notre porte.
Enfin, je veux dire qu’ayant mal dormi, le 21 novembre 1806, Napoléon eut la mauvaise idée de déclencher une guerre commerciale avec l’Angleterre (Off corse !).
Pour bien corser le tout (nous parlons de café) il décréta un blocus.
C’était le « bréxit », mais dans l’autre sens.

Résultats : nos amis anglais pouvaient se garder leur café pour eux et les autres européens n’avaient plus qu’à tirer la langue.

Garçon : deux cafés serrés SVPL
N’a pu !

Et voilà !
Les cours du café se mirent à grimper.
Les ménagères grimpèrent aux rideaux.
Tout cela pour un petit noir ! Je parle du café évidemment.

Il y eut certainement de la contre bande.
Mais, il fallait trouver au plus vite une solution.

On chercha, comme le firent plus d’un siècle plus tard, nos cousins germains, on chercha quoi ?

Ein Ersazt ! Danke schön.

A l’époque, on cueillait beaucoup, on ramassait entre autre une plante qui pousse sur le bord des chemins.
C’est quoi cette plante ?
La chicorée.
Fleurs et feuilles ne nous intéressent pas.
Mais les racines, là je ne vous dis pas.
Lavées, taillées en morceaux et torréfiées, on pouvait les faire bouillir pour en tirer un semblant de café.

Quoi, vous n’avez jamais entendu parler de la chicorée dans le café ?
Et le fameux Ricoré alors ?

Fleur de chicorée sauvageElle pousse le long des cheminsLes étamines.

La voilà la fameuse racine dont on tire le ersatz de café


Toujours est-il que le Nord de la France qui déborde, comme tout le monde le sait, sur la Belgique s’avéra être une région très propice pour la culture du cichorium intybus( à vos souhaits !)

Et notre histoire trouve sa conclusion du côté belge.
Voilà qu’un jour, un bonhomme descend dans sa cave.
Il avait complètement oublié les racines de chicorée qu’il avait stockées sous de la terre.

Les racines trouvant le temps un peu long, s’étaient mises à pousser et quand notre bonhomme aperçu les feuilles blanches il s’écria            « Witloof »ce qui signifie justement feuilles blanches.
Il s’écria Witloff littéralement feuilles blanches

Comme tout bon belge qui se respecte, l’homme était économe.
Il récupéra donc les racines pour faire son café, mais que faire des feuilles blanches ?
Et bien, sa femme les prépara en salade.
La salade était certes un peu amère, mais la femme était très économe, encore plus que son mari.

On chercha donc un nom pour cette étrange plante qui avait ressuscite de sous son tas de terre.

On n’allait quand même pas l’appeler : cichorium intybus (faut savoir rester simple ), alors on la baptisa tout simplement « chicon »

Et c’est depuis ce jour……

Je vous laisse le soin de finir et de compter leurs nombreux enfants, petits enfants, arrière petits enfants.
Chicorée, chicon, endive, witloof.. c’est kif kif.

 Endives ou chicons au jambon.

L’histoire a été inspirée par des documents trouvés sur le net, mais les photographies sont soumises à © Jean-Paul Brobeck alias papy Jipé.

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Reportage sur le forçage des endives dans le Nord
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