DIEU N EST PAS MORT.

A dire vrai,  je n’ai que très peu de souvenirs de mon enfance et je pense que je ne suis certainement pas le seul dans ce cas-là.
Comment dire ? Mon enfance me paraît tellement lointaine…
Elle se situe quelque part  à plus de soixante dix ans déjà.

L’autre jour, un ami, pince sans rire, a déclaré dans un grand éclat de rire :
«  même une vache n’atteint pas cet âge-là ! »
Me voici donc bovin.

Mon enfance est comme un film rongé par le temps.
Il manque des images.
Le film saute.
Le continuum  fait place à des séquences entrecoupées de trous.
Un véritable gruyère.
Mais les séquences qui ont échappé à l’outrage du temps sont étonnamment précises.

Quand je repense à ma jeunesse, je revois un rituel journalier, car maman et papa faisaient quotidiennement la vaisselle ensemble.

Un lave vaisselle, vous n’y pensez pas !
On n’avait pas même encore  inventé les salles de bain pour la classe ouvrière.
Alors, le soir venu, maman nous faisait grimper dans l’évier avec sa mosaïque multicolore.
Pas de robinet d’eau chaude non plus.
On se débarbouillait avec de l‘eau froide, et plus nous approchions de l’hiver, plus l’eau semblait prendre un malin plaisir à être de plus en plus froide.

La parenthèse quotidienne de la vaisselle.
Un moment privilégié ou le couple se retrouvait.
Un moment qu’il mettait à profit pour discuter.

Maintenant, nous en sommes à l’âge du presse-bouton : cafetière, micro ondes, lave-vaisselle semblent obéir au doigt et à l’œil.
Ils n’ont qu’à bien se sentir au risque, à la moindre défaillance, d’aller grossir, la décharge, là-bas, derrière le grand magasin, dans lequel leurs remplaçants piaffent d’impatience, bien alignés.

Et oui, on ne répare plus.
On jette.
D’ailleurs, il existe des gens qui n’attendent pas une quelconque panne, non, une simple publicité suffit et les voilà en quête, en chasse.

En quête de quoi d’ailleurs ?
Quoi, votre lave-vaisselle ne fait pas chauffe biberon !
Votre voiture possède un volant qui ne chauffe pas !
Inadmissible !
Il faut vivre avec son temps.

Et ils courent, du matin au soir, en ne sachant même plus après quoi.

« Je file au travail.
Je t’enverrai un mail ».

Pas mal !

Discuter avec des mots qui jouent au ping-pong en ricochant sur un satellite géostationnaire pardon, alors qu’il suffit de faire la vaisselle pour se trouver à portée de main, à portée de cœur aussi.

Quel gâchis !
De la technologie de pointe au service de… de quoi au juste ?

  • du bien-être…. certainement pas.
    du bonheur…. encore moins .
    Alors au service de quoi ?

Du pognon, Messieurs Mesdames :
du fric,

  • du blé,
  • des pépettes
  • du flouze

 

qui font sourire les banquiers
au service du grand capital.

Non, Dieu n’est pas mort.
Il a tout juste changé de nom
Il s’appelle pognon.

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