CUISINE ET NOSTALGIE Der Hunger ist der beste Koch

La cuisine régionale, populaire, a avant tout, le souci de  nourrir quotidiennement au plus juste prix.
Il faut bien manger tous les jours.

– manger bien ?

– ou bien manger ?

Juste une question de petite nuance linguistique.

LES PLATS VEDETTES :

Chaque région comprend ses plats vedettes :

– ici, c’est la choucroute qui orne les tables de fêtes,
– là-bas, c’est le cassoulet qui joue sa symphonie,

et puis et puis…

la liste s’allonge.

Un plat régional est un véritable marqueur d’identité.
Il n’est pas né du hasard. Il est issu des produits du cru.
Je vois mal une bouillabaisse à Strasbourg et une choucroute à Bayonne.
Et pourtant !
 

Pour déguster un plat régional dans les meilleures conditions, il faut accepter de voyager.
Or voyager, est devenu un des passes temps favoris de nos compatriotes.
Et, quand on revient de voyage, on a la tête pleine de souvenirs.
Des souvenirs gastronomiques entre autres.

Les gens se sont mis à voyager et les plats en ont fait de même.
La cuisine est devenue internationale et certains plats se sont lancés à la conquête du monde.
Avant les années soixante qui connaissait le couscous ?
En quelques décennies, il a réussi à entrer dans le Topten des plats préférés des Français.

L’alimentation a  toujours été au cœur des soucis des hommes.
D’abord essentiellement individuelle, l’alimentation est ensuite passée par plusieurs stades :

– la peur de manquer a fait place à une certaine sécurité d’approvisionnement du moins pour une partie du monde.

– la disette, le manque d’aliments ont été remplacés pour une pléthore d’offres.
 

– on ne mange plus essentiellement parce que l’on a faim, mais on mange par plaisir.
 

– par suite du changement du rythme de vie, on passe de moins en moins de temps dans la cuisine.

– la plus grande partie de notre alimentation est maintenant d’origine industrielle.

Tous ces changements sont apparus rapidement. Trop rapidement peut-être.
Dans les années cinquante, les cantines étaient relativement rares. Les enfants partageaient le repas des parents et ce, d’autant plus facilement, que de nombreuses  femmes ne travaillaient pas en dehors de leur foyer.
La société a évolué.
On déjeune actuellement sur les lieux de son travail ou de façon « fast food. »
Je dirais presque "run-food." Les gens déjeunent en courant.
Les moments de repas en commun sont devenus plus rares.

Une des conséquences inattendues a été la naissance d’une certaine « nostalgie ».
Le raisonnement est bien simple.
Moins de temps on passe en cuisine, moins on transmet les coups de mains, les petits trucs, les recettes traditionnelles et familiales.
Les filles, principales vecteurs de l’art culinaire, sont coupées de la tradition et le savoir culinaire se perd.
Gageons que dans une ou deux générations au plus tard,  cette transmission serait complètement stoppée.
 

Bizarrement, il suffit que l’on soit coupé de la tradition pour que les plats traditionnels survivent dans nos mémoires.
« Un bon bœuf bourguignon comme le faisait grand-mère. »

Ceci accroît la valeur, je dirais symbolique, des plats les plus simples bien au-delà de leur valeur réelle.
D’ailleurs, les industriels exploitent largement cette nostalgie en proposant toute une gamme dite : à l’ancienne, traditionnelle, comme autrefois avec l’image d’une bonne mémé en tablier à carreaux.

Cela rassure, cela rappelle, cela fait naître des souvenirs,  cela donne confiance,

mais ne présage en rien la qualité des produits.
L’industrie est là, avant tout, pour gagner de l’argent.

Pour terminer ces réflexions qui me semblent importantes essentielles mêmes, je vous propose une petite histoire vraie qui remonte à quelques années quand même.

L’histoire commence pendant la guerre de 1939/45.
L’approvisionnement avait été drastiquement réduit.
On avait instauré le rationnement et non seulement il fallait payer le prix fort, mais, il fallait également avoir des tickets.

A l’époque, on se régalait avec tout, des mets les plus simples, des plus nourrissants surtout.
Jeanne avait inventé la tarte aux pommes de terre :

– une simple pâte brisée à la margarine ou au saindoux
– une couche de pommes de terre en lamelles.
– un peu de persil.
– et, en guise de crème, on utilisait la peau qui s’était formée quand on cuisait le lait.

Et Xavier se régalait.
C’était plaisir de le voir dévorer à pleines dents.

La guerre  finit par s’arrêter.
On a reconstruit.
On a oublié, mais, sans le vouloir, mêmes les périodes difficiles laissent elles aussi un peu de nostalgie.

Notre histoire reprend dans les années soixante.


Un soir Xavier dit à son épouse :

– tu te souviens ?
Pendant la guerre, tu faisais une tarte aux pommes de terre si bonne que j’en ai encore l’eau à la bouche.

Alors, le lendemain, Jeanne se lança dans la préparation de la fameuse tarte.

– une pâte brisée avec du vrai beurre.
– une couche de pommes de terre en lamelles.
– mais pour agrémenter, quelques lardons, un peu d’échalote.
– deux œufs mélangés à de la vraie crème.
– des épices, sel, poivre, Cayenne, muscade
– quelques fines herbes, estragon…
et pour couronner le tout…

– une bonne couche de gruyère râpé.

La tarte fut cuite
On passa à table.
Xavier mangea….. du bout des dents.
Un silence !
Jeanne, observait son mari du coin de l’œil.

Alors Xavier rompit le silence.
Dis-moi Jeanne, nous avons mangé ce truc-là ?
Et oui, Xavier, et de plus, on s’en régalait.

Alors avec un grand soupir, tomba la sentence :

D’r Hunger esch d’r beschta Koch  ( en alsacien dans le texte)

L’appétit est le meilleur des cuisiniers.

 

 

 

 

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