Profession : bénévole !

Sur une petite route de campagne : un tandem.

Tiens, un tandem ! Cela devient de plus en plus rare.
Question de mode, certainement.
Mais regardez bien, car ce tandem-là, ce n’est un tandem comme les autres.
A l’avant une jeune femme, cheveux au vent, sourire aux lèvres.
Derrière elle, un homme qui sourit lui aussi.
Le tandem du bonheur ?
On dirait bien que oui, mais l’homme a les paupières closes : il est aveugle.

 

Sur la piste de ski, des mots de gare.
“ vire à trois heures.
C’est bien continue tout droit, maintenant vers 11 heures…“
Encore un aveugle et son moniteur de ski.

Certes, perdre la vue est un handicap profond, mais je discutais récemment avec un aveugle :
“je plains les sourds, me disait-il.“

Que voulez-vous on trouve toujours plus malheureux que soit.

Nombreux sont celles et ceux, qui, un jour, décident de se mettre au service des plus déshérités.
Ce jour-là, “ils entrent en bénévolat” comme on entre dans les ordres.
Une fois le pas franchi, il est difficile de faire marche arrière.

Je me suis interrogé sur le pourquoi de l’affaire.
Est-ce pour se donner bonne conscience ? Est-ce par pure charité ? Ou, ne craignons-nous pas quelque part dans notre subconscient, de devenir un jour, nous aussi, dépendant du bon vouloir d’un autre ?

Que deviendrait notre pays sans le travail journalier de cette armée de fourmis qui se dévouent corps et âme ?

Mais pour aider, la bonne volonté ne suffit pas toujours, alors, notre municipalité a pris une décision sage : celle de créer une structure intermédiaire afin de coordonner les efforts de tous.

Quand on est plus nombreux, on a plus de poids !
Une bonne idée : non ?

 Mais voilà : c’est ainsi que ladite structure se fait l’interprète de tous ceux  qui demandent des crédits, non sans prélever, au passage, quelque 15 % de frais de fonctionnement.

J’ai eu la “chance” de rencontrer son président. Il est “bénévole professionnel”, avec 4 000 € mensuels, une voiture de service, carte d’essence et note de restaurant.
Cet homme a de grave soucis quotidiens disons des soucis existentialistes.

Avec qui vais-je manger aujourd’hui ?
Mangerons-nous la même chose qu’hier ?

Certain soir de révolte, j’ai envie d’exploser.
Je prends un livre, pour oublier.
Un jour, un ami m’a conseillé d’entreprendre la lecture du dictionnaire.
C’est un ouvrage contenant beaucoup de vérités.

Après BON il y a …C..

Il suffit de suivre l’alphabet.

 

Nb : ce texte a été écrit, il y a bien longtemps, dans une autre ville, dans d'autres circonstences.
Mais, je dois bien le constater, il est toujours d'actualité.

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