ELISE FALCONI

Elise Falconi, née Fontaine, a vu le jour le 23 février 1926 à la clinique du Hasenrain. Elise est donc une mulhousienne pure souche.
Elle évoque son enfance, avec beaucoup d’humour.

J’aurais toujours aimé avoir un petit frère. Alors maman m’a dit qu’en Alsace, ce sont les cigognes qui apportent les bébés et que pour attirer les cigognes, il suffisait de mettre un sucre sur le rebord de la fenêtre.
Alors chaque soir, je mettais un sucre, mais pas de petit frère.
Un jour, j’ai mis tout le paquet de sucre sur le rebord de la fenêtre. J’ai réussi à attraper une bonne fessée, mais toujours pas de petit frère.

Autre souvenir :

Elise habitait à  ce moment-là  Morschwiller le bas;

La plupart des enfants ont un chien ou un chat et bien un jour mon papa  est rentré à la maison avec une chèvre. Cette chèvre n’avait pas bon caractère, mais elle m’a adoptée au point de me suivre sur le chemin de l’école et Elise ajoutait avec un clin d’œil,

Je ne pouvais même pas jouer à cache-cache comme les autres enfants car ma chèvre me suivait et dénonçait ma présence.

Quand la guerre fut déclarée, Elise a été réquisitionnée pour le STO : le Service de Travail Obligatoire. Elle arriva donc dans une famille de Hügelheim juste de l’autre côté du Rhin.. Cette famille avait une fille du même âge et les deux jeunes filles sympathisèrent. La guerre n’est pas l’affaire des gens simples.

Quand la guerre fut terminée, l’amitié entre les deux filles persista. Et elles ne se perdirent jamais de vue. Régulièrement, Elise allait donner un coup de main pour les travaux des champs, les vendanges aussi et cette fidélité continua pendant de longues années.

Après la guerre, Elise rencontra Marcel Falconi, un italien, enfant chétif d’une famille nombreuse.

Les deux jeunes gens se marièrent et s’installèrent à Beaulieu dans le département du Doubs. Marcel était un grand amateur de cyclotourisme ce qui conduisit le couple a travailler chez Peugeot Cycles où l’on préparait entre autres, les bicyclettes des coureurs du Tour de France.

Elise évoque cette période d’une façon humoristique :

Quand je me suis marié, Monsieur le Maire m’a dit que je devais suivre mon mari. Alors j’ai acheté une bicyclette mais en fait de le suivre, il n’en était pas question. Il était léger comme une plume et arrivait au sommet bien plus facilement que moi. Mais dans la descente, c’est moi qui étais devant et Marcel se moquait en  disant «  un de ces jours, la grosse va tomber »

Une bien belle image que ce couple à bicyclette.

Peut-on mieux évoquer les hauts et les bas de la vie d’un couple ?
La vie ne ressemble-t-elle pas étrangement  à une course dans laquelle c’est l’un ou l’autre qui prend alternativement la tête, attentif à ce que l’autre puisse le suivre ?

Elise et Marcel n’eurent jamais d’enfants et pourtant leur maison bourdonnait comme une ruche car Marcel animait une section de cyclotourisme qui regroupait de nombreux jeunes et c’est en groupe  qu’ils partaient en vacances sur les traces de leurs idoles : les coureurs du tour de France.

Elise et Marcel ont suivi les grands itinéraires classiques, ils ont gravi les cols mythiques. C’est ainsi qu’Elise fit plus de 15 fois le tour de France,  et, quand Marcel fut rattrapé par la maladie, quand Marcel disparut, Elise continua la pratique du vélo.

C’est en collant de cycliste ajusté qu’elle participa, à presque 70 ans, à la semaine fédérale du cyclotourisme qui s’est déroulée en Alsace en 1992. Mais son grand plaisir c’était d’évoquer ses randonnées à bicyclette en France et celles qui l’ont menée jusqu’aux Pays Bas, le tout dans un indescriptible mélange entre l’accent alsacien et celui de Franche Conté.

Heureux celui qui eu la chance d’être à ses côtés pendant qu’elle suivait à la télévision une étape du Tour de France qu’elle ne ratait jamais. Alors, elle redevenait la jeune femme, elle commentait chaque virage, elle connaissait chaque itinéraire. Il fallait la voir quand  elle se fâchait contre les sprinters qui viennent rafler la victoire d’étape à celui qui avait trimé en tête toute la journée.

Quand j’ai fait la connaissance d’Elise, elle venait de prendre sa retraite. Ella avait quitté Beaulieu pour revenir s’occuper de sa maman à Mulhouse. Elise a travaillé pour l’APA dans la distribution des repas à domicile.

La retraite, c’est un nouveau chapitre dans le grand livre de la vie.

La retraite tant attendue, c’est le temps retrouvé, c’est l’occasion de pouvoir enfin penser à soi, l’occasion aussi de pouvoir réaliser tout ce que l’on a repoussé pour plus tard.

Elise a eu une retraite active. Elle  avait fait la connaissance de Jeanne lors d’un voyage en Autriche. Chacune avait un caractère bien trempé et c’est peut-être à cause de cela, à cause de ce respect réciproque, qu’elles s’entendirent.

C’est ainsi que l’on retrouve les deux dames dans un orchestre de cithares, dans un club de bricolage, à la piscine ou dans une salle de gymnastique. Le tout bénévolement est-il bien besoin de le préciser ?

Je me souviens du jour où les citharistes sont allées donner un concert à Luppach. Le concert était entrecoupé de petites scénettes et ce sont encore Elise et Jeanne qui éclaboussèrent la salle avec leur bonne humeur.

Jeanne a été victime d’un accident en 2005. Elle nous a quittés  en 2007. Mais il y avait bien longtemps qu’Elise avait été adoptée par la famille de Jeanne qui continua à entretenir des relations d‘amitié.

 

Le temps ne s’arrête jamais, pas même un seul instant.
Quand on est jeune, quand on a de bonnes jambes, on peut avoir l’illusion de courir plus vite que lui et de lui échapper. Mais ce n’est qu’une simple illusion.
Bientôt ce furent les cheveux blancs, les jambes de plus en plus lourdes et chancelantes, le dos chaque jour un peu plus vouté, le cœur qui s’emballe parfois et les rhumatismes qui viennent vous tirer de votre sommeil.
Ce furent les petits bobos qui prirent de plus en plus d’importance jusqu’à devenir de plus en plus insupportables. Puis Elise fut victime d’un accident
Pourtant Elise est restée fidèle à elle même. Elise a gardé son humour et surtout sa fierté.

Je dois marcher, alors je vais faire mes courses au Canal Couvert.
 Je me prépare à manger tous les jours et aussi longtemps que l’appétit va, tout va.

Et puis un soir, Elise s’est endormie.
Le lendemain, elle a oublié de se réveiller.

Elle est morte en pleine vie.
Qui sait, le passage de la vie à la mort lui a peut-être épargné d’autres souffrances

 

Je ne sais pas si les gens ont une âme.
Personne n’est encore revenu pour me le dire.
L’âme n’est peut-être qu’une simple question de croyance qui sait ?

Mais je voudrais vous donner une image.

Quand nous étions gosses et qu’il venait de neiger, les enfants se pressaient devant la grille de l’école. On se battait pour être le premier à laisser l’empreinte de ses pas dans la neige immaculée.

Oui, ce peut-être là, l’image d’une âme :
Une empreinte qu'on laisse dans le cœur des gens.

Qui oserait prétendre marcher sur la neige sans laisser de traces ?
Qui oserait prétendre traverser la Vie sans laisser de traces dans le cœur des gens ?

Une empreinte plus ou moins profonde selon notre caractère, selon nos engagements selon notre conception de l’Autre, la place que nous lui accordons.

Elise laisse derrière elle des empreintes qui finiront bien sûr pas disparaître un jour,

Mais c’est à nous toutes et tous, qu’il convient de ne pas les oublier trop vite.

 

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