Allo ! La pharmacie ?

La journée avait été assez chargée. Heureusement, les aiguilles de l’horloge murale se rapprochent de plus en plus de l’heure de la fermeture : une libération.
19 h, le pharmacien est fatigué.
La pharmacie ferme.


Sauf que, et c’est bien dommage, cette fin de semaine, la pharmacie est de garde.
Il y a des gardes calmes, "cool", comme on dit maintenant.
Il y en a d’autres, quand la vague de grippe s’est abattue sur la petite ville, le pharmacien ne sait plus où donner de la tête.

A chaque métier ses avantages et ses inconvénients.
« Vous autres pharmaciens, vous avez de la chance : les suppositoire  gratuits, à l’œil.
– Non Monsieur, nous les suppositoires nous les prenons comme tout le monde.
Pas à l’œil croyez-moi. »

La pharmacie avait donc baissé son rideau de fer. Le pharmacien avait allumé une petite lampe pour signaler qu’il était  de garde. Il avait soupé rapidement et s’apprêtait à passer une soirée devant son poste de télévision, quand le téléphone sonna.

" Allo : la pharmacie ?
– oui Monsieur, c’est la pharmacie de garde à votre service.
– dites-moi, monsieur le pharmacien, avez-vous des biberons ?
– oui Monsieur, nous vendons des biberons. Quel modèle désirez-vous ?
– oh, ce n’est pas pour moi, c’est pour le bébé.
– j’avais bien compris Monsieur ;
– avez-vous les tétines qui vont avec les biberons ?
– bien sûr Monsieur, un biberon se vend toujours avec une tétine.
– oui, mais je cherche un modèle un peu spécial.
– dites toujours, Monsieur, je vais voir ce que je peux faire pour vous.
– avez vous des tétines multicolores ?
– qu’entendez-vous par multicolore ?
– je pense à des tétines blanches pour les bébés européens, des tétines noires pour les petits africains…
– vous savez Monsieur, que la couleur n’a rien à voir. Quand un bébé a soif, il tète quelque soit la couleur de la tétine.
– Avez-vous des tétines à bout carré ?
– Jamais entendu parler de ce modèle. C’est pour quel genre de bébé les bouts carrés ?
– Pour les bébés belges.
– Il me semble en effet que nous avons un modèle de ce genre. Attendez je vais voir.
– Oh non Monsieur le pharmacien, car je crois que je ne vais pas acheter de biberon ce soir.
– Mais pourquoi alors toutes ces questions ? Qu’est ce que je vais faire avec tous ces biberons
– Vous n’avez plus qu’à vous les mettre là où je pense.

Et l’homme raccrocha .

Deux heures plus tard, voilà que le  téléphone se remet à sonner

" Allo : la pharmacie ?
– bonsoir Monsieur, vous êtes bien à la pharmacie de garde que puis-je pour vous.
– ici le commissaire Régis Grolar. On nous  signalé qu’il y a des plaisantins qui prennent un malin plaisir à déranger, voire ennuyer les commerçants avec des interrogations farfelues.
Avez vous était victime de ce genre de plaisanteries malsaines ?

– Ah que oui, il n’y a pas plus tard que tout à l’heure, un malotru m’a joué une farce avec une histoire de biberon. Très désagréable Monsieur le commissaire ! Nous nous sacrifions pour assurer un service pour nos concitoyens.
– la  chose nous intéresse. Pourriez avoir  l’obligeance de nous en dire plus.

Et le pharmacien,  tout heureux d’avoir trouvé une oreille compatissante et attentive explique avec forces détails sa mésaventure…

– Écoutez, Monsieur le pharmacien, je comprends que cet incident soit désagréable voir intolérable. Il faut que ce genre de choses cesse. Vous avez dit vers qu’elle heure ce regrettable incident ?
– Monsieur le commissaire, il y a précisément deux heures.
– et vous avez toujours les biberons ?
– mais puisque je n’en ai pas vendus ?
– non, excusez-moi, je veux dire : vous avez toujours les biberons là où je pense.

– silence

Et bien, au bout de deux heures, ils ont fait effet, vous pouvez les enlever !

 

Cette histoire est complètement véridique.
Elle est le fait du tonton Victor, un pince sans rire qui avait un malin plaisir à faire marcher les gens de la petite ville.

J’aurais bien aimé rencontrer ce tonton-là, mais il a eu la mauvaise idée de mourir trop tôt.
N’empêche que les gens du bourg l’ont échappé belle
car à deux, je ne vous dis pas !

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