Les champignons : famille des bolets

Les champignons : les bolets.
 

Pour continuer la présentation des champignons, en voici un, bien connu lui aussi : le cèpe ou bolet. Nous allons partir de l’étude d’une espèce pour étendre ensuite à toute la famille.
Cèpe est le nom d’une espèce.
Bolet est le nom de toute la famille.
 

Faisons connaissance :

Une fois n’est pas coutume. Pour rencontrer le bolet, je vous emmène au super marché. Venez, suivre-moi.
Nous allons nous promener dans le rayon des potages déshydratés : vous savez, les potages en paquets.
J’ai bien dit : nous promener.
Je n’ai pas dit acheter.
Que cela soit bien clair.

Le rayon est bien achalandé : potages aux asperges, aux légumes, aux pois cassés tec… et voici le potage aux champignons.
Sur l’emballage, voici notre cèpe ou bolet.

C’est un champignon sympathique. Sa silhouette un peu enveloppée lui confère un air débonnaire, comme un papy gentil.
S’il était un animal, il serait éléphant sans nul doute.
Champignon rassurant avec ses formes rondes, tout en douceur.

Dans la réalité, il faut soit aller en forêt, soit au marché pour rencontrer notre cèpe.
Il possède un pied bien large, bien ventru.
Son chapeau rond quand il est jeune, s’épanouit quand il devient adulte. 

Sous le chapeau, pas de lamelles, mais de petits trous.( comme une éponge.)
Ces trous sont les extrémités de tubes qui jouent les tuyaux d’orgue, accolés les uns aux autres. Dans chaque tuyau, on trouve des spores minuscules.
Les spores tombent sur le sol quand les petits trous s’ouvrent.
Les tubes qui contiennent les spores sont d’abord couleur crème, puis ils deviennent jaunes puis tournent au vert.
On peut les manger, quand ils sont jeunes, mais une fois verts, il vaut mieux les enlever à cause de leur consistance spongieuse.
Tous les cèpes ne possèdent pas la même couleur de chapeau.
Il en existe des bruns clairs jusqu’à des bruns marron foncé.
On parle alors du fameux bolet tête de nègre.

Nous retiendrons :

– les bolets n’ont pas de lamelles.
– les bolets possèdent des tubes sous leur chapeau.
– les bolets peuvent devenir très grands.
– la couleur des chapeaux varie.
– chaque fois que l’on trouve un champignon qui possède des tubes, nous avons un exemplaire de la famille des bolets.

Mais attention :

Il existe aussi des variations dont nous reparlerons un peu plus tard.
Regardez plus attentivement le haut du  pied. On dirait un réseau de veines.

Que faut-il penser des bolets ?

Ce sont des champignons comestibles qui sont savoureux, et, comme les hommes ne sont pas les seuls à aimer ce qui est bon, les bolets sont également dévorés par les limaces et autres bestioles.
Il est rare de trouver un bolet vraiment intact ou alors, c’est qu’il est très jeune et née de la dernière pluie
(au sens propre comme au sens figuré).
Les bolets sont malheureusement très vite véreux.

Soyez sympathiques. Je vous ai dit que les spores sont dans les tubes. Poser le chapeau sur le sol, tubes vers le bas. Vous donnerez ainsi une chance aux spores de pouvoir redonner la vie. Merci

Utilisation des bolets :

Le mieux est bien sûr de les utiliser rapidement à l’état frais.
On les nettoie, comme on nettoie tous les champignons, sans douche, sans shampoing et sans piscine…
On les taille en tranches que l’on fait cuire dans un peu de matière grasse, beurre ou huile (olive) en salant juste un peu. L’eau va sortir des champignons et s’évaporer. Les bolets finiront par prendre une toute petite couleur et une bonne odeur.

On trouve des bolets surgelés et des bolets déshydratés.
Les bolets surgelés seront cuits décongelés ou pas, mais très lentement comme on fait pour des bolets frais.
Les bolets déshydratés doivent d’abord être ressuscités.
On les trempe dans l’eau, pour qu’ils se réhydratent. Il vaut mieux changer l’eau, parce qu’elle se charge parfois en sable. Mais, ne la jetez pas. Filtrez-là, car elle vous servira lors de la fabrication des sauces à laquelle elle apporter un bon goût de champignons.

 

Illustrations photographique : Papy

 

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Un jeune bolet : chapeau clair encore fermé

 

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Sous le chapeau, pas de lamelles mais comme une éponge.

 

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En coupe, on voit que la masse spongieuse est formée de tubes collés les uns aux autres.
Ces tubes contiennent les spores.

 

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Gros plans sur les tubes.

 

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Boletus édulis :  souvent véreux hélas !

 

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Il y a de quoi manger.

 

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Exemplaire encore jeune. Les tubes sont encore blancs et bien serrés.

 

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On dirait un réseau veineux au haut du pied. Mais ce n'est qu'une apparence.

 

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Et si vous rentrés bredouilles…
Faites comme tout le monde
Passez au marché !

La conférence pédagogique

La conférence pédagogique.

Non, non ! Vous ne vous trompez pas. Nous sommes bien mardi.
Normalement, les bambins du village devraient être à l’école.
S’ils courent dans les rues, c’est parce qu’aujourd’hui, c’est jour de conférence pédagogique. Les écoles sont fermées.

La conférence pédagogique réunit les maîtres une fois par an. Alors, ils reçoivent une convocation tout ce qu’il y a de plus officielle qui les invite à se présenter à 8 heures précises dans la grande salle du rectorat.
Dans les petits patelins, il n’y a souvent qu’une seule école avec une seule classe.
Dans les bourgs, les écoles comptent plusieurs classes.
Mais, dans les villes, il y a tellement d’élèves, que les écoles prennent une allure d’usine.
Quand les maîtres sont absents, car convoqués, il y a du monde dans les rues.
Croyez-moi ; cela ne passe pas inaperçu.

Le rectorat avait donc convoqué tous les maîtres du département.
Et comme le dit la chanson :
« ils sont venus, ils sont tous là »
La salle du rectorat commence d’ailleurs à avoir d’année en année, plus de mal à accueillir tout ce petit monde.

La conférence pédagogique fait partie de ces manifestations immuables, inévitables qui font la grandeur de l’Education Nationale. On dit d’ailleurs que cette institution est une vieille dame, et comme toutes les vieilles dames, elle en a les habitudes, ses petites manies aussi.
La conférence pédagogique est la grand-messe qui réunit tous ceux qui sont chargés de l’éducation des futurs concitoyens.
Elle est présidée par le « DACA » entendez par là : l’Inspecteur d’académie, l’inspecteur qui a tous les pouvoirs et le nôtre, celui qui va ouvrir la séance dans quelques instnats, a une certaine conception de la hiérarchie qui l’a poussé à exiger une disposition particulière de la salle.
Notre DACA trône donc au sommet d’une véritable pyramide.
Il est seul, tout là-haut, comme le capitaine d’un bateau.
A ses pieds, et sous ses ordres, mais au niveau directement inférieur, voici les inspecteurs primaires.
Ils sont chargés d’un canton, voire de deux.

Puis, c’est la salle réservée au commun des mortels : instituteurs en tous genres. Il y a bien certaines têtes qui retiennent l’attention. Ce sont les directeurs des grandes écoles des villes qui ont le souci de regrouper autour d’eux, le maximum de collègues. C’est l’endroit où l’on se place, directement sous le nez des inspecteurs assis juste à l’étage supérieur. Alors, les collègues qui fréquentent ces endroits-là, se préparent à prendre des notes pour ne pas perdre la moindre miette de cette manne céleste qui va leur être distribuée

Et puis, un peu plus loin, au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’estrade, il y a comme un trou, une zone mal définie. En termes militaires, on parlerait de « no man land ».
Un peu plus derrière encore, il y a la valetaille, les instituteurs des petits patelins, des gars solides, instituteurs et secrétaires de mairie. Ces gars-là sont venus sans illusions, car il y avait longtemps déjà que celles-ci étaient restées prisonnières d‘un dossier oublié.
Ces gars-là sont les véritables vedettes. Ils sont connus de tous et les histoires sur leur compte font les gorges chaudes des cours de récréation. Mais il est de bon ton de feindre de ne pas les connaître.
C’est là, que je vous propose de nous installer car si animation il risque d’y avoir, vaut mieux être aux premières loges.

Du haut de son perchoir le DACA, réclame le silence pour ouvrir officiellement la conférence.
Comme chaque année, il dresse le bilan administratif. Puis commence la litanie des énumérations : les classes que l’on ferme faute d’élèves, les classes que l’on ouvre pour accueillir les nouveaux arrivants, liste des collègues admis à la retraite… Rien que du très passionnant.

Puis, on passe aux directives pour la mise en œuvre de la X° réforme.
Du côté des jeunes, on gratte du papier, attentifs à ne pas perdre le moindre mot.
Du côté des anciens, là-bas au fond de la salle, on se regarde, on hausse les épaules. A quoi bon ! Une réforme de plus. Encore un ministre qui veut que son nom soit attaché à des directives qui inaugurent l’école de demain. Tu parles !
Puis, le DACA passe la parole aux inspecteurs de rang inférieur. Ils ont pour mission de préparer un exposé sur telle ou telle innovation pédagogique.
Dans les premiers rangs, les jeunes grattent de plus belles et là-bas dans le fond de la salle, les anciens commencent à lutter contre le sommeil.

Louis, est à quelques mois de sa retraite.
Il exerce son métier d’instituteur dans le même village depuis sa sortie d’école normale.
Au fil du temps, il s’était si bien intégré dans ce village que l’on a oublié qu’il n’y était pas né. Instituteur, secrétaire de mairie en semaine, organiste le dimanche et entraineur de l’équipe de football, il était également membre de la section des séniors joueurs de quilles qui se réunissent tous les vendredi soir à l’auberge du Cheval Blanc.
Le curé, le maire et l’instituteur : triumvirat qui dirige la destinée du village et conduit les habitants du berceau au cimetière.
Louis, donc, avait vécu une semaine très chargée. Le remembrement avait exigé qu’il fasse des copies de la carte du cadastre. Les gens étaient venus le voir, avec une douzaine d’œufs emballés dans du papier journal. « C’est pour vous monsieur le Maître… » Samedi, il y avait eu le concours de belotte ; dimanche la grand-messe… si bien que la journée de conférence pédagogique arrive à point pour lui permettre de se reposer un peu.
Louis a bien essayé de lutter contre la somnolence, mais la partie est perdue d’avance.
Alors, c’est dans un état de semi conscience que Louis est affalé sur sa chaise. Il n’écoute pas, mais il entend les mots du jeune inspecteur qui harangue la foule des enseignants.
Cet inspecteur, comme je vous l’ai dit, était vraiment très jeune.
Ça, c’est quand on parle poliment.
D’autres auraient dit qu’il sortait tout chaud du moule et selon une expression de mon village « qu’il n’était pas encore tout à fait sec derrière les oreilles » tout cela pour dire qu’il n’était pas peu fier d’être arrivé au point où il était.
Cet inspecteur-là était un grand lyrique. On l’aurait bien vu avec de longues manches dans le prétoire d’un tribunal. Il secouait tellement ses bras que l’on pouvait s’attendre à ce qu’il s’envole. Mais l’inspecteur ne s’est pas envolé. Cela aurait été une première !  Dommage.

Non, ce sont ses paroles qui prennent leur élan et qui arrivent jusque dans les oreilles de Louis.
Des paroles sensées, des paroles pleines de sagesse.
« ouvrez les fenêtres de nos écoles afin que la culture s’épanouisse sur la campagne… »
Louis, qui je vous le rappelle, somnole de plus en plus, entend les paroles du jeune inspecteur…
« ouvrez les fenêtres de nos écoles »

Alors, comme un peu à la manière d’un somnambule, Louis se lève et ouvre en grand les fenêtres de la salle de la conférence pédagogique.

Un instant, l’assemblée se raidit dans un silence émouvant, inquiétant.
Après quelques secondes qui paraissent éternelles, par les fenêtres ouvertes, s’échappe le plus grand, le plus beau, le plus franc rire que j’ai entendu…
Et rien que pour cela, en vérité je vous le dis, ne ratez pas la conférence pédagogique de l'année prochaine.

*

Nb :

toute ressemblance avec des personnes et des faits ne sauraient être de simples coïncidences.

 

Les champignons : girolles ou chanterelles ?

Girolle ou chanterelle ?

 
Introduction :

« Voici une affaire qui commence bien !
– Girolle ou chanterelle ?
– Les deux, mon général !
– Faudrait quand même vous mettre d’accord, vous ne croyez pas ?

– C’est que finalement, ce n’est pas aussi simple que cela. »

 

Ces quelques lignes contiennent l’une des grosses difficultés du monde des champignons : leur donner un nom.

Et comme dit, cela n’est pas facile.
Car on n’a pas attendu l’invention des sciences et de leur vocabulaire, pour commencer à ramasser et à consommer des champignons.
Les champignons dirons-nous, appartiennent d’abord à ceux qui les cherchent.
Ils ont  franchi la porte de la cuisine, avant de franchir la porte des laboratoires.

On leur a donc donné  des noms. Ces noms étaient exprimés dans la langue commune, celle de tous les jours.
Cette langue simple est à la base de ce que l’on appelle les noms vernaculaires.

Quand les champignons ont été étudiés scientifiquement, l’une des premières préoccupations des hommes de sciences a été de leur donner un nom. Ces noms n’étaient pas choisis au hasard, car le but principal était de pouvoir classer les champignons comme on classe toutes les autres choses, plantes, animaux etc….

La science des champignons s’appelle la mycologie.
Quand on recherche les pères de cette science, on trouve Elias Magnus Fries (1794-1878), surnommé le « Linné des champignons ».

Surnommé « Linné » en hommage à Carl von Linné (naturaliste suédois, né en 1707) à qui l’on doit la première classification du monde végétal.

Petit arrêt !

Avant de poursuivre cet article, je vous propose de marquer un petit arrêt.
Ceux qui me suivent depuis un certain temps, ont certainement noté que je suis un homme qui essaie d’avoir les pieds sur terre.
Qui sait, c’est  peut-être là, l’héritage d’un grand père paysan ?
Alors revenons sur terre.
Vous avez tous entendu parler d’un certain Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir.
Moi, je ne vous le cache pas, je conduis bientôt depuis 6o ans et s’il faut connaître par le détail le fonctionnement d’une voiture, je deviendrai piéton.
Il en va de même avec toutes choses, y compris les champignons.
On peut très bien en manger sans pour cela parler latin…
Le tout n’est qu’une question de choix.
La mycologie est un domaine si vaste que je comprends très bien qu’il y ait des gens que se passionnent.

Faisons le tour de ce que nous connaissons :

– les champignons ont besoin d’eau.
– on ne trouve pas de champignons quand il fait trop sec.
– les champignons ne sont pas verts comme des plantes.
– ils ne contiennent pas de chlorophylle.
– les champignons peuvent pousser dans des endroits peu éclairés
– les champignons ne font pas de graines, ils se reproduisent par des spores.
– les champignons ne supportent pas bien le froid.
– tous les  champignons ne sont pas bons.
– il en existe des comestibles et des vénéneux, voire mortels.
– il ne faut pas croire les sornettes qui disent que les champignons mangés par les limaces sont bons.
– il n’y a qu’une façon d’être sûr, il faut connaître les champignons.
– on trouve des champignons en conserves dans des boîtes et des champignons séchés.
– il existe 1000 fois plus de champignons microscopiques que de champignons visibles.

 

Conclusions :

Si vous savez déjà tout cela, vous avez un bagage correct. Mais restez prudents, car pour les champignons

La vérité sort du fond de l’assiette !

 

Revenons à nos amis girolles ou chanterelles ?

Si j’ai choisi de commencer par ce champignon, c’est parce qu’il est célèbre.
Et on se lèche les babines à l’idée de déguster une bonne sauce aux girolles, un pâté avec des chanterelles, un potage qui vous rappelle l’automne… (j’arrête là, sinon cela devient sadique).

C’est en automne, que l’on trouve des girolles sur les étals de nos marchés. Cela ne veut nullement dire que les chanterelles ne poussent pas en été.

Il existe en fait deux périodes. L’une en début d’été, si les conditions (chaleur et humidité sont réunies), l’autre en automne.

Pourquoi manger des girolles ?

Nous avons déjà vu la piètre valeur alimentaire des champignons. Non, ce n’est pas pour leur apport sur le plan nutritionnel, mais ils nous apportent un parfum, une odeur, une saveur incomparables.

Quelques chanterelles vous enchantent un plat.

Encore ne faut-il pas les tuer !

Les girolles en cuisine.

Un champignon contient entre 85 et 95 % d’eau.
Si vous décidez de les laver en les trempant dans de l’eau, je vous mets un coup de louche sur la tête, pour vous réveiller.
Mais, il faut bien les laver non ?
Oui, mais intelligemment !

Prenez un morceau de papier de cuisine et frottez vos champignons.
De grâce  ne leur apprenez pas à nager.
Le champignon n’a pas besoin d’un brevet de natation !

Cuisson :

Tout d’abord,  notez que les champignons que l’on peut manger cru ne courent pas les rues ! (sic).
Je dis cela pour vous faire rire. Un champignon doit être cuit, mais non cramé, calciné !

De plus, rappelez-vous,  vous utilisez des champignons pour leur parfum délicat, subti,l alors excusez-moi, mais un grand coup d’ail et de persil… les pauvres méritent une plus belle mort !

Cuisez-les dans du beurre, mais pas noisette !
Ils vont perdre leur eau. Puis, il vont prendre juste un tout petit peu de couleur.
Le sel est une pompe à eau. Saler légèrement pour accélérer la sortie de l’eau, et soyez parcimonieux sur le poivre.
Ensuite, n’allez pas faire mijoter les girolles dans une sauce.
Si vous voulez parfumer votre sauce, n’en r’ajouter que quelques uns ; servez le gros de la troupe à part.

Tous ces conseils paraissent évidents, je le sais.
Mais la meilleure façon de ne pas faire de bêtise est de les faire toutes en même temps ; de cette façon il n’en reste plus à faire.

Comment reconnaître les girolles ?

Si vous posez cette question, c’est que vous faites partie des gens qui ont la chance d’aller en ramasser dans la forêt.
Bravo. Profitez de votre chance.

Sinon, achetez-les au marché.
On ne peut pas vendre de champignons qui n’ont pas été contrôlés.
Donc vous êtes tranquilles.

 

Sinon attention :

La girolle est généralement jaune – jaune œuf – mais elle peut être plus ou moins pâle.

Quand elle est petite, elle est refermée sur elle-même.
En grandissant elle s’épanouit.
LA GIROLLE N’A PAS DE LAMELLES.
Ce que l’on prend pour des lamelles sont en réalité, des plis qui descendent le long du chapeau sur le pied.
Ne pas cueillir des champignons trop petits. On ne peut pas déterminer les caractéristiques

La girolle possède une odeur caractéristique qu’il faudra apprendre à connaître les yeux fermés.

On reconnait une girolle en moins d’un 10° de seconde. Si vous hésitez… Passez !

Petite histoire :

Au sortir de l ‘école normale, chaque étudiant devait rédiger un mémoire.
J’ai choisi de parler des champignons sans savoir que le directeur était un fin mycologue.
Le jour de la présentation de mon mémoire, le directeur me fit bander les yeux et me demanda de dessiner la silhouette de certains champignons.
Verdict :

Si vous ne savez pas reconnaître une silhouette en quelques fractions de sonde, évitez de manger des champignons !

Une girolle peut de sécher.
On peut la congeler

Mais le mieux s’est de s’en délecter.

Le mot chanterelle est utilisé pour désigner l’espèce scientifiquement. (Cantharellus).
Il désigne également, et c’est là tout le problème, d’autres champignons comme les chanterelles grises…

 

Bon appétit…… quand même !

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Girolles sur l'étal d'un marché

 

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C'est en automne que l'on trouve le plus de champignons.

 

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Une girolle d'un beau jaune doré.

 

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Pas de lamelles mais des plis qui descendent du chapeau sur le pied

 

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Les plis ou se cachent les spores.

 

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Les plis viennent mourir sur le pied.

 

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La girolle s'épanouit.

 

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La joie d'une récolte


 

 

 

Quelques champignons comestibles.

Au début de cet article, j’aimerais rendre un hommage  à l’un de mes professeurs.
C’était dans les années 1950.
Je fréquentais le lycée. Nous avions un professeur de sciences naturelles qui avait conscience de toute la portée de l’action éducative.
Il ne se contentait de faire ses cours. Il essayait de nous intéresser.

Un jour, il nous a proposé une promenade en bicyclette.
Direction : la grande forêt.
But : chercher des champignons.
C’est donc par un beau soleil d’automne, qu’une joyeuse troupe de collégiens prit la direction de la forêt.

Le soir, nous sommes rentrés heureux et fiers de notre récolte.
C’était la première fois que je suis allé à la cueillette des champignons.
J’avais rapporté un beau panier de trompettes de la mort.

Ma mère accepta de les préparer.
Ce n’était pas chose courante dans notre famille.
D’ailleurs, je ne vous cache pas que le seul nom de trompettes de la mort, n’avait pas le moindre côté engageant.

Nous survécûmes… riches d’une nouvelle expérience…

Maintenant, quelques 60 ans plus tard, il me plait à rappeler ce souvenir.
Notre professeur avait, sans le savoir, semé les bonnes graines.
Elles germèrent, car elles trouvèrent un terreau fertile.

Depuis ce jour, chaque fois que j’en ai l’occasion, je propose à des collègues, des amis, ou de simples connaissances de m’accompagner dans mes promenades mycologiques.

 

Voici quelques uns des champignons comestobels faciles à reconnaître.

Pour voir les photos  cliquez ICI

Bonnes promenades et bon appétit aussi

Les champignons : comestibles vous avez dit comestibles ?

Les champignons :
comestibles vous avez dit comestibles ?

 

Vocabulaire :

Pour commencer, il faudrait se mettre d’accord sur le vocabulaire.
Les champignons sont répartis en 3 groupes :

Les champignons comestibles.
Les champignons vénéneux, voire mortels.
Les champignons sans valeur alimentaire.

Explications :
 

Comestibles :
 

Les champignons de ce type peuvent être ingérés sans provoquer de troubles digestifs liés directement à leur consommation.
Ce sont des champignons macroscopiques que l’on trouve selon les saisons, dans les forêts et les prairies.
On ne ramasse que les champignons que l’on connaît.

Comment avons nous appris à les connaître ?

C’est la plupart du temps, par un phénomène d’initiation :
un grand père qui emmène son petit fils,
un ami qui vous apprend à les connaître.

Petite aparté :

On peut se poser une question intéressante :
Comment avons nous appris à reconnaître les plantes comestibles ?
Combien d’accidents pour constituer de fond de connaissances indispensables ?

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Le boletus edulis excellent comestible

Champignons vénéneux :

On regroupe sous l’appellation vénéneux tous les champignons dont l’ingestion provoque des troubles plus ou moins graves.
Ces troubles peuvent produire une réaction tendant à rejeter les champignons (le vomissement) mais quand les champignons sont déjà passés par l’estomac, on peut aussi les éliminer par des diarrhées.( 2 à 2 heures après le repas.)
Si les champignons contiennent des substances toxiques, il peut arriver que ces toxines soient  déjà passées dans le sang. 
A ce moment-là, il ne sert plus à rienn de tenter de les éliminer.
Il font donc combattre les toxines véhiculées par le sang.
Dans les cas extrêmes, on peut envisager un changement complet du sang.
Dans d’autres cas, ce changement quoique radical, vient quand même trop tard et c’est la mort qui survient.

L’amanite phalloïde :

Mon intention n’est pas de vous faire peur, mais il est bon de savoir comment agit le champignon le plus dangereux.
L’amanite phalloïde contient de la « phalloïdine » qui est un alcaloïde.
Ce produit ne provoque pas de troubles digestifs immédiats.
Cela veut dire que vous pouvez manger des amanites phalloïdes sans vous en rendre compte.
La digestion commence et la toxine prend tout son temps pour passer dans le sang.
Au bout de 12 heures, elle agit sur la partie du sang chargée de transporter les gaz : l’hémoglobine.
L’hémoglobine alimente les muscles en oxygène.
Elle est également chargée d’emporter les déchets ( le fameux CO2). L'hémoglobine peut donc se combiner avec l'oxygèhne ou le gaz carbonique.
Or, la phalloïdine empêche ces combinaisons et vos muscles ne sont plus aliments en oxygène et se remplissent de plus en plus de déchets au point de se bloquer.
On meurt donc par asphyxie et cela d’autant plus grave que le corps essaie de sauver ce qu’il a de plus précieux : le cerveau.
Le malade reste donc conscient jusqu’au bout.
Terrible !
Et le tout pour quelques milligrammes de champignons par kilogramme de masse du sujet.

 

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L'amanite phalloîde : le plus dangeureux

Il existe des champignons moins « mauvais » mais tout aussi mortels !
La seule façon reste le connaissance précise et encore !

En effet, il existe ce que l’on appelle des mutations.
Ces mutations concernent les plantes et donc les champignons.
On utilise les mutations pour fabriquer de nouvelles espèces dont certaines ne sont plus comestibles.
Certains engrais, des radiations, des rayonnements peuvent faire naître des espèces dangereuses alors qu’on les classait dans les espèces comestibles.
On a compté jusque plus de 50 variations d’espèces pour le rosé de prés. (psalliote campestris)

La tentation est grande :

Tous les chercheurs de champignons sont à la recherche de nouveautés. Alors on essaie, on goûte…

Une question de dose :

J’ai longtemps ramassé une sorte de champignon apparentée à la famille des bolets.
J’en mangeais de bons plats, jusqu’au jour où chaque repas finissait en diarrhées.
J’ai longtemps cherché à comprendre jusqu’au jour où j’ai appris que ce champignon était toléré jusqu’à un certain point : une certaine dose. , un seuil en quelque sorte.
La dose atteinte ; j’étais bon, pour….
La propriété a d’ailleurs été utilisée par ma grand-mère éternellement constipée pour lui provoquer des soulagements.

Les champignons sans valeur, sans intérêt.

On classe dans cette catégorie tout ce que ‘on ne peut classer dans les autres.
C’est souvent une question de goût. Certaines russules peuvent être excellentes, d’autres légèrement toxiques.

Valeur alimentaire des champignons :

Là, nous sommes dans le domaine des illusions.
Pour obtenir l'équivalent de la valeur alimentaire d’un kilogramme de viande, il faudrait manger 67 kg de champignons !
Le champignon est essentiellement composé d’eau. Il sert en cuisine parce qu’il apporte essentiellement odeurs et saveurs.

Attention aux associations de malfaiteurs !

Quand nous mangeons, nous n’avalons que rarement un seul produit. Viande et légumes etc…
Il existe des champignons qui sont comestibles sans problème quand on les mange seuls. Mais attention aux mélanges !

Exemple : le coprin chevelu :

Ce champignon en forme de chapeau de home garde est courant dans les décharges et les terrains calcaires. Il est comestible. Mais buvez un grand coup d’alcool avec un plat de coprins et vous vous mettrez à compter les éléphants roses au plafond.

On dit que le coprin fait effet « antabus » en référence avec le médicament du même nom qui provoque de hallucinations qui ne finissent pas toujours bien.

 

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Le coprin chevelu qui ne supporte pas l'alcool

Prudence !

LES CHAMPIGNONS : introduction

 

L’automne : saison des champignons.

 

Les champignons ont toujours été entourés de mystères.
On dit qu’ils sont nés de l’éclair et du tonnerre.
Leur apparition soudaine, leur croissance rapide a toujours intrigué et fasciné les gens.

A côté de son côté mystérieux, le champignon apparaît également dans le monde des rêves, des fables et des histoires.
Demandez à un enfant de dessiner un champignon et vous aurez de fortes chances qu’il vous dessine le champignon immortalisé par Walt Disney avec son chapeau rouge à points blancs.

Champignons magiques qui entrent dans la composition des potions magiques, mais aussi champignon atomique.

Au point de vue botanique, les champignons constituent une classe à part parce qu’ils se développent sans chlorophylle.
Ils se nourrissent soit en parasites, soit en saprophytes.( association de bienfaiteurs)

Il existe des milliers d’espèces de champignons.
La plus grande partie est microscopique. Certains de ces champignons provoquent de grands dégâts parce qu’ils s’attaquent au cuivre des réseaux électriques.

Petite anecdote :

Nos amis anglais étaient les plus grands buveurs de café du monde. Ils en cultivaient donc de façon intensive jusqu’au jour où les cultures furent attaquées par un mal mystérieux. Ce mal n’était autre qu’un champignons, si bien qu’il fallut arracher tous les arbustes et les remplacer par une plante plus résistante : le théier. C’est ainsi que les anglais sont devenus les plus grands buveurs de thé.

Les (grands) champignons dits macroscopiques, ne sont à proprement parler pas tellement nombreux.
Parmi eux, on trouve les champignons comestibles mais également ceux vous envoient au mieux à l’hôpital, si ce n’est directement au cimetière.

Petite histoire :

l’amanite tue mouche , rouge à points blancs, étaient mise à mariner dans du vinaigre. Les mouches qui venaient se délecter du vinaigre étaient foudroyées.

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La tentation est d’ailleurs grande de mélanger champignons comestibles et champignons vénéneux pour préparer « une petite soupe de onze heures » afin d’éliminer d’éventuels concurrents.

Le plus sûr est à la fois de connaître les champignons et de se restreindre à ne cueillir que les espèces qui ne posent aucun souci de reconnaissance. Et encore !
Le champignon le plus dangereux, l’amanite phalloïde, tue avec des doses infimes de l’ordre de quelques milligrammes par kilogramme de poids de la victime. Donnez un grand coup de pied dans un champignon inconnu entraine le risque que quelques petits morceaux soient propulsés sur un champignon comestible qui vit trop près.

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On pourrait encore raconter plein d’autres histoires dont les champignons seraient les vedettes. Nous en reparlerons à l’occasion mais je ne résiste pas au plaisir de vous raconter, pour conclure, une histoire extraordinaire.

Un jour, j’ai trouvé un champignon sorti tout droit de l’imagination d’un artiste.
Etoile rouge avec traces noires mais qui a la particularité de signaler sa présence par une puanteur qui se repend à des mètres.
Champignon inconnu dans la région alsacienne.
Nous avons donc cherché, interrogé, photographié, enquêté.
Au bout de quelque temps, nous avons découvert le nom de cet intrus : anthurus astéroïdes ou Anthurus d'Archer.

Mais coup de théâtre !
Ce champignon vit dans les plantations de coton !
Vous en connaissez beaucoup, des plantations de coton dans la plaine d’Alsace ?
L’enquête qui suivit nous a appris des choses surprenantes.
Ce champignon est arrivé en France sous forme de spores dans les uniformes en coton des soldats américains.
L’armée américaine a installé des bases aériennes sur le territoire français et c’est à partir de ces bases que le champignon a commencé à se propager en cercles concentriques.

Quand je vous disais que le monde des champignons est extraordinaire…

 

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L’épicier de mon quartier.

L’épicier.

 

Quand je pousse la porte, ce sont les odeurs qui m’accueillent.
Là, devant moi, des abricots aux joues rouges comme des petites filles.
Ici, des pêches qui semblent s’être faites belles tout exprès.
Plus loin, le fumet des salaisons suspendues à des ficelles.

Eh oui ! aujourd’hui, je vous invite à faire un tour chez l’épicier.
Alors prenez vite votre panier.
Allons-y.

L’épicier de mon village a fermé boutique depuis bien longtemps déjà.
Maintenant, les gens s’en vont, une fois par semaine, à la ville.
Ils reviennent les paniers chargés jusqu’au bord. Ils font les courses. Ils ne prennent plus le temps de regarder, de sentir avant de choisir.

Quand j’étais gosse, c’est avec joie et orgueil que je poussais la porte du magasin du père André.
Maman me disait : “va me chercher des pommes et rapporte-moi en de belles !”
Alors, fier de l’importance de ma mission, je courrais chez l’épicier.
Une porte qui s’ouvre, un carillon qui résonne : me voilà dans mes souvenirs.

Jouant à cache-cache derrière les grands verres remplis de bonbons, et de friandises, l'épicier, indifférent aux saisons, m’accueillait avec le sourire. Levé à quatre heures, il était allé aux halles pour être le premier. Il avait discuté âprement avec les grossistes, choisissant les légumes les plus frais, les fruits les plus parfumés, marchandant chaque prix, car c’était un peu nous tous qu’il avait l’impression de défendre.

Quand il revenait, je prenais le chemin de l’école et nous nous disputions entre gosses, pour lui donner un coup de main quand il déchargeait sa vieille camionnette. Car il y avait toujours un fruit un peu bosselé pour celui qui saisissait l’anse d’un panier un peu trop lourd.

Dans son magasin, André faisait régner un ordre de pharmacien. Chaque chose avait une place bien à elle et je me souviens d’une mystérieuse lampe dont il se servait pour contrôler, un à un, les oeufs avant de le poser dans un grand cornet.
Il y avait aussi deux gros pots en porcelaine blanche avec un petit robinet d’où s’écoulait la moutarde ou le condiment.
Près de porte, se dressait une grande machine étincelante. Le monstre servait une fois par semaine, pour torréfier le café. Ce jour-là, tout le voisinage se promenait les narines ouvertes, humant la bonne odeur du café et les ménagères s’empressaient de faire provisions de grains noirs qu’elles enfermaient dans des récipients aux couvercles hermétiques, comme pour mieux retenir les odeurs vagabondes.

André vendait de tout et il suffisait de faire un tour chez lui, pour avoir des idées de menus pour toute la semaine.
En automne, arrivait un grand baril de harengs salés et voilà tout le village parti pour une cure de poissons.
Au printemps, c’étaient les premières asperges, les premières laitues, les pommes de terre nouvelles.
Puis venait le temps des tomates, des myrtilles et ainsi, André régnait en maîtres sur nos estomacs.
Le diable d’homme avait acquis au cours des années, une telle maîtrise pour vendre ses marchandises, que, décidé d’acheter des prunes, vous reveniez avec des mirabelles dont il avait su si bien vanter la douceur.

Oui, André fait partie des souvenirs de mon enfance. Je l’ai vu, les yeux au ras du comptoir.
Je lui ai apporté mes petites économies en échanges de ses grand cornets surprise.
Un jour, il m’appela “jeune homme” et je découvris, ce jour-là, qu’André avait des cheveux blancs.

Un matin, les lourds rideaux de fer restèrent baissés. On parlait depuis bien longtemps déjà de ce grand magasin où les clients pouvaient se servir eux-mêmes.
Le monde était devenu trop étroit pour les petits épiciers.

Après la mort d’André, on vendit sa maison. le nouveau propriétaire fit faire de grandes transformations. Les vitrines furent remplacées par des fenêtres et la porte fut condamnée.
Derrière elle, au fond de ma mémoire se cachent les bruits, les couleurs et les odeurs de ma jeunesse.

André, étais-tu heureux ?
Le soir, tu faisais tes comptes comme tous les épiciers, mais as-tu jamais compté

tout l'amour que tu nous as donné ?

Réflexions sur les photographies de portraits.

Quelques réflexions théoriques sur les portraits en photographie.

 

Du zénith au nadir, du Nord au Sud, du l’Est à l’Ouest, jusqu’aux quatre coins de l’Hexagone ( ?)…la photographie est omniprésente.
De l’infiniment grand, à l’infiniment petit, du Mont Palomar, aux entrailles du CERN à Genève… On ne voit qu’elle.
Je pense qu’aucun domaine n’échappe à la photographie : c’est pourquoi, il me semblerait plus judicieux de ne pas parler de photographie au singulier mais, vu son emprise, de parler de photographies au pluriel.

Il est vrai qu’il y a, au sens propre, comme au sens figuré, un monde entre ceux qui photographient les galaxies et autres corps célestes et ceux qui traquent les traces par lesquelles les particules élémentaires manifestent leur existence.
Mais même, si vous n’êtes qu’un » photographicus vulgaris », vous admettrez que celui qui photographie les paysages n’a que peu de points communs avec celui qui se penche sur les macrophotographies de fleurs et d’insectes.
Peu de points communs certes, mais, à bien considérer les choses, ils sont malgré tout sur la même voie, ils poursuivent le même but : regarder pour voir, voir pour partager : pour faire voir à l’Autre.
Et là, pardonnez moi, on ne rigole plus !
Le photographe ne regarde pas tout simplement pour voir.
Je pense bien sûr, voir pour lui. Non ! Il regarde, il capte, il découpe pour faire voir à l’Autre ; celui qui ne peut être sur place, celui qui n’a pas le temps, celui qui n’a pas la chance de…

Il me paraît à la fois fastidieux et même inutile de recenser de manière exhaustive les différents genres photographiques.
Mon propos n’est pas de lister, mais plutôt d’évoquer quelques souvenirs, quelques réflexions inspirés par mon expérience et de voir si, par hasard, (qui n’est pas forcément hasardeux) nous pouvons en déduire quelques réflexions plus générales.
Je vous propose de parler portraits.
Nul doute que l’homme est finalement infirme.
Quels que soient les efforts qu’il développe, il ne se verra jamais de « l’extérieur ».
Ceci entrainent quelques conséquences comme la difficulté de se reconnaître dans un film.
Reconnaître aussi sa voix, car nous sommes condamnés à nous entendre de « l’intérieur ».
La pratique m’a appris que de faire du portrait n’est pas facile ou alors, mais il faut que vous acceptiez un raccourci que je qualifierais de pédagogique,  disons qu’il y a deux sortes de personnes faciles à photographier ; les enfants en bas âge et à l’opposé, les personnes âgées.
Pourquoi ? That’s the question !
Et bien, permettez-moi de vous proposer une solution.
Elle est finalement très simple et je préfère de loin les solutions simples aux solutions tarabiscotées.
Les enfants en bas âge et les personnes âgées n’ont plus le souci de paraître.
Je m’explique :
Les enfants, me semble-t-il, n’ont pas encore pris conscience du besoin de paraître. Ils sont encore « nature » !
Ils possèdent cette candeur que confère la spontanéité, le non calculé.
Quant aux personnes âgées, l’expérience de toute une vie, leur a parfois appris à faire le tri encore l’être et le paraître. Elles n’ont « plus rien à perdre » et peuvent donc redevenir elle-même.
J’aime me promener dans les visages des enfants. J’aime recueillir les lueurs d’intelligence et de malice, j’aime cette page presque blanche qui s’ouvre à la vie.
Mais, ce n’est malheureusement pas toujours le cas, car il existe aussi dans certains visages les traces que laissent l’hérédité, les atavismes voire la prédestination.
La photographie des portraits de ces enfants-là, vous laisse un goût amer, une impression d’injustice, de non espoir parfois.
J’aime aussi les grandes promenades dans les visages des anciens : Visages burinés, visages sculptés.
Promenades sur les sentiers de la vie.
Ce sont les rides qui vous tendent la main et qui chemin faisant, vous racontent des histoires : histoires bouleversantes parfois.
Rides creusées par des événements pénibles, mais aussi rides souvenirs de sourires.

« Toi qui regardes dans le miroir
Ton visage éclatant,
Jamais il ne faut que tu regrettes
Les rides que laisse le temps,
Car seul un visage ridé,
Prouve que l’on a su aimer

» Photographier des portraits : c’est aller à la rechercher du temps passé tout en gardant le regard tourné vers l’avenir.
Prendre un portrait, c’est arrêter le temps, c’est découper une tranche d’éternité.
Tels que nous sommes hic et nunc. Ici et maintenant, coincés en passé qui nous a forgés et l’avenir qui s’ouvre sur une inconnue.
On ne joue pas impunément avec le temps.
Il faut être conscient de la portée de notre geste, de son importance, de sa solennité aussi.
Osez arrêter le temps !
Qui sommes nous pour avec le courage de tenter ce geste sacrilège ?

De telles considérations ne peuvent déboucher que sur l’humilité.
Quand j’abordais les portraits dans mes cours de photographie, j’avais bien soin de souligner la « responsabilité » du photographe devant ce qui pouvait passer pour un acte banal.

« Voilà, vous venez de faire le portrait d’un homme.
Il sort de votre atelier, traverse la rue et se fait écraser par un camion.
Vous êtes la dernière personne à l’avoir vu, le dernier à l’avoir immortalisé (au sens propre).
Dans le portrait que vous venez de faire, j’aimerais retrouver non seulement les traits de son visage et savoir comment il était, mais j’aimerais également savoir qui il était.
N’oubliez donc pas de photographier « l’âme des gens »
Et c’est peut-être là, ce qui pose les plus grandes difficultés.

Tiens un exemple.
On m’a souvent demandé de faire des portraits d’hommes ou de femmes qui poursuivaient des ambitions politiques.
Ces gens-là ont le souci de paraître sous le meilleur jour, afin de faire le plein de voix.
Il y a ceux qui veulent paraître plus jeunes ; d’autres désirent paraître plus sérieux, plus sécurisants.
D’autres enfin veulent mettre l’accent sur leur ouverture à l’Autre.

Une boutade :
dites à une femme que vous allez la photographier, et son premier geste est de se précipiter sur un miroir !

Cette réaction prouve bien toute l’importance qu’elle attache au paraître.
Dans mes séances de ce type de portraits,(et n’oublions pas que nous étions à l’époque de la photographie argentique) j’utilisais 2 boîtiers.
L’un était équipé d’un film, l’autre était vide.
Alors je mitraillais avec mon appareil sans film et personne ne s’étonnait qu’un film de 36 poses me permette allègrement de faire une centaine de prises de vues.

Au fur et à mesure que je tournoyais autour de lui, mon modèle, d’abord crispé, commençait à se détendre.
Il redevenait lui-même.
C’est à ce moment-là, que je saisissais le boitier équipé d’un film pour faire en quelques photos les clichés définitifs.

Quelle est la part du photographe dans les portraits ?

A première vue la question paraît saugrenue.
Pourtant à regarder de plus près la question n’est pas dénuée d’intérêt.

Proposition de solution mode ZEN

1)  Si ta photographie ressemble au modèle et seulement au modèle,
mets ta photographie à la poubelle.
Elle pourrait être l’œuvre de n’importe qui.

 

2) Si ta photographie ressemble au photographe et seulement au photographe,
mets la à la poubelle.
Tu seras devenu prisonnier de toi-même, prisonnier de ton style et le modèle n’a plus d’importance.

3) Si ta photographie ressemble au modèle et au photographe,
porte la vite chez l’encadreur car tu auras réussi à capter un instant fugace, un instant volé à l’éternité.

En effet, le photographe s’investit autant dans la photographie que le modèle.
Les grands peintres signaient leurs tableaux. On se faisait peindre pour la postérité en prenant la pose devant un Vélasquez, un Renoir etc.….parce que ces gens-là avaient une façon de peindre, une vision personnelle qui leur donnait « leur style ».
Pourquoi en serait-il autrement pour les photographes ?

J’ai rarement taquiné les pinceaux.
Tout d’abord par manque de don, et puis aussi parce que je n’ai eu la chance ou l’opportunité de rencontre un initiateur.
Je suis devenu photographe autant par hasard que par conviction.
Pourtant j’aimerais revenir sur quelques considérations concernant les relations entre peinture et photographie.
J’ai eu la chance de me promener à Venise dans la Ca doro.
On y voit une riche collection de tableaux qui vous fait voyager dans l’histoire de la peinture.
Ce sont tout d’abord des tableaux, qui remontent au moyen âge.
Ils se caractérisent par ce que j’appelle de la peinture à plat, une peinture avec un éclairage uniforme, comme si la lumière venait de partout.
Une peinture sans ombre, sans relief aussi.
Ce genre de peinture a duré longtemps. Elle a souvent des origines sudistes, ces pays où il brille un grand soleil.

Puis un jour, les peintres se mirent à voyager et, chose importante, les peintres du Sud rencontrèrent les peintres du Nord.
Ceux de l’école flamande.

Dans les pays nordiques, la lumière est distribuée de façon plus parcimonieuse et en vertu du principe qui veut que tout ce qui est rare est plus précieux, je vois bien dans ma tête, les peintres du Nord qui ramassent précieusement tous les petits bouts de lumière pour aller éclairer leurs tableaux Et la lumière allume les tableaux.
Elle les anime –leur donne une âme – et les tableaux se mettent à vivre.
Cette rencontre entre les peintres du Sud et du Nord correspond à mon avis à la rencontre capitale des peintres et de la lumière.
Du clair obscur, de Rembrandt à Delacroix, la lumière a enfin pris toute la place qui lui revient

Juste quelques réflexions pour vous les photographes

Vous qui …..photo-graphien
« Peignez avec de la lumière. »

 

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Emile : cordonnier

Émile : cordonnier

 

“A force d’être seul, on apprend à écouter, on ne parle plus, ou alors seulement avec soi-même, comme pour se donner l’illusion d’une présence.
On apprend aussi à voir, à comprendre les gens et à leur pardonner.”

Ainsi parlait le vieil Émile : mon ami cordonnier.

Émile avait l’âge de ses cheveux blancs, un âge où l’on ne vieillit plus, ou alors plus qu’une seule fois, définitivement.
Émile habitait une petite maison. Par la fenêtre ouverte s’échappait une chanson.
C’était son marteau, régulier comme un battement de coeur qui saluait le retour des saisons.

J’avais fait la connaissance d’Émile quand j’étais gosse.
Un jour, sur le chemin de l’école, quelqu’un m’avait interpellé :

“ Eh, petit, tu ne voudrais pas me rapporter mon pain ?”

Depuis ce jour-là, quand le ciel était gris, j’allais retrouver mon ami.

Dans son échoppe ce sont les odeurs qui vous accueillaient : celles du cuir et les autres, plus fortes, du cirage et de la térébenthine.
Puis c’étaient les bruits, toujours les mêmes  : le marteau qui retombait régulièrement et le cliquetis de la grosse machine à coudre.

Marquées à la craie blanche, les chaussures attendaient sur les rayons.
De temps en temps, Émile disait :
“Passe moi les brunes ou les noires.”.
Il avait dans ses gestes, comme du respect ou alors comme de la tristesse.

“Vois-tu, petit, – me disait-il – c’est bien triste, ces chaussures-là. On prétend que c’est du cuir, mais moi, on ne me trompe pas.”

Alors,  après un grand soupir, Émile les réparait quand même.

Emile ne me parlait jamais de sa femme et de ses enfants ; si bien que je ne savais même pas s’il avait une famille.

Émile était économe et recueillait les clous et les petits morceaux de ficelle.
Économe en paroles aussi, et, quand après un arrêt, son marteau recommençait à chanter, il me disait :
“Une mésange ou un merle !”
car il avait les oreilles aux aguets.

Un jour, Émile me raconta son histoire. Il me parla longuement de la guerre : la première, la seule, la vraie : celle qui avait tellement tué et qui avait emporté sa jambe.

Tu vois, petit, c’est bien triste pour un cordonnier de n’avoir qu’un seul soulier.
Alors, parfois, je rêve. J’accompagne les gens dans leurs promenades.
Les souliers parlent et, quand on sait les écouter, ils racontent la vie de celui qui les porte.

Il y a ceux qui usent la pointe parce qu’ils sont pressés, ceux qui raclent la semelle parce qu’ils sont toujours fatigués, ceux qui aplatissent les talons comme s’ils avaient peur d’avancer.”

Ainsi parlait Émile, le cordonnier.

Ce n’est que bien plus tard, que je compris qu’il suffit d’aimer son métier pour devenir un peu philosophe.

Trop : c’est trop !

Trop, c’est trop !
Je veux bien admettre que chacun possède ses petites manies, ses marottes, ses dadas, mais je demande, qu’en retour, on respecte les miens.

Me voici donc en colère. Mais contre qui ?
Eh bien, je suis en colère contre ce petit monsieur en habit noir.
Il est hautain, me regarde d’un air suffisant.
Je veux parler du merle de mon jardin.
“Merle, merle, joyeux merle ..” dit la poésie.
C’est vrai qu’un merle trouve sa place dans un poème, mais dans mon jardin, un merle, cela fait désordre.

Figurez-vous que mon merle à moi doit être retraité des travaux publics.
De toute façon anti jardinier pour sûr. Je venais de planter des oignons de tulipes quand, à peine le dos tourné, voilà mon merle qui se met en tête de les déterrer.
Tiens, le merle cherche des vers. Normal, pour un oiseau.
Peut-être a-t-il faim ?
Je pardonne donc et replante mes tulipes.
Vous n’allez pas me croire, mais le lendemain matin, le merle avait, sans la moindre gêne, remis à l’air tous mes bulbes.
Là, il n’est plus question de faim. Cela doit être une manie, une obsession !
Le manège dure depuis des mois déjà. Je plante. Il déterre. C’est à qui se lassera le premier.

L’autre jour, je bricolais dans ma cave. J’avais laissé ma porte de la cuisine grande ouverte.
Il faisait chaud. Quand je remontai, j’ai failli déraper.
Mon merle avait laissé un souvenir de sa visite sous la forme d’une flaque dans laquelle il vaut mieux ne pas marcher !
S’en était trop ! Je suis allé en ville acheter des plombs pour mon fusil.

Je me mis à l’affut, ayant opté pour la solution radicale.
Il arriva, comme de coutume, l’air peu surpris de me trouver là.
Il me dévisagea de son œil noir brillant. J’y crus voir plus de malice que de méchanceté.
Je n’ai point appuyé sur la gâchette.
J’ai rangé mon fusil à l’abri des regards.

J’étais fier de moi. Allez savoir pourquoi ?
 Que voulez-vous, mon merle continuera à ravager mon jardin.

Et moi, comme je suis un peu trop gentil, j’irais peut être jusqu’à acheter des graines, pour mon merle, l’hiver prochain.

 

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