PIMENT d’ESPELETTE 1 Generalités.


Il faut  des années, voire des siècles parfois, pour comprendre toutes les conséquences d’un fait que l’on pourrait croire apparemment simple.
Ainsi, la découverte du continent Américain en 1492 par Christophe Colomb, est loin d’avoir fini de faire couler de l’encre.

Dans un premier temps, le navigateur n’avait d’autre ambition que de chercher une nouvelle route, plus courte, plus facile, qui sait plus …
et le voilà qui découvre tout un continent.
Il n’en demandait pas tant.
Un coup à finir dans les livres d’histoires, pour sûr.

On connaît plus ou moins bien toutes les conséquences de cette découverte.


Sans elle, comment les braves soldats américains auraient-ils pu voler à notre secours lors des guerres glorieuses que les européens, toujours à la pointe de l’intelligence, se sont livrées.
Faut quand même le faire : déplacer des américains pour voir les européens qui se tapent dessus.
Une aubaine pour Hollywood et les agences de voyages.

Mais, posons-nous la question un peu différemment :

Que serait-il arrivé si notre Christophe n’avait pas découvert l’Amérique ?

Pour ne parler que des produits courants, voici une liste de ceux rapportés d’Amérique.

 

  
Cette énumération démontre que sans la découverte du continent américain, une bonne partie des européens  seraient morts de faim (merci la pomme de terre).

Nos copains italiens pourraient toujours essayer de faire des pizzas sans tomates.

Halloween se passerait des citrouilles et les orchestres symphoniques auraient bien du mal sans l’apport des haricots aux vertus musicales.

Dans la liste ci-dessus, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui plus spécialement des piments et des poivrons.

Ces légumes appartiennent à la même famille, mais se distinguent par leurs formes, leurs couleurs, leurs goûts plus au moins piquants.

Nous appellerons :
– poivrons ceux qui sont plutôt doux.
– piments ceux qui sont puissants.

Ils ont été rangés selon une échelle inventée par un certain Monsieur Scoville pharmacien.

Jetez un coup d’œil sur les tableaux du site Wikipédia

Cliquez ICI

En fait, il existe plusieurs échelles de Scoville.

– une échelle qui va de 0 – 16 millions
– une échelle qui va de 0 à 10.
C’est cette dernière qui est le plus souvent utilisée.

Quelques piments que l'on trouve facilement.

Piments : les noms.

 

1 Piment d’Espelette

2 Piment très doux vert allongé

3 Piment Costeno amarillo

4 Piment  Costeno amarillo

5 Piment noir qui devient rouge vif.

6 Piment Numex suave orange

7 Piment Jalapero TAM

8 Piment bulgarian Carrot

 

De la petite histoire d’un légume à la grande histoire du piment d’Espelette.

J’ai passé quelques jours à Espelette, charmante commune dans le Pays Basque.
Pour nous autres Alsaciens, nous nous retrouvons presque chez nous, car Pays Basque et Alsace ont un air de famille.
On y respecte les mêmes traditions et les gens, un tantinet réservés au premier abord, font rapidement preuve d’une très grande gentillesse.

Quand j’ai parlé au propriétaire de l’hôtel de mon projet d’article sur le piment, il a souri.
«  J’ai votre homme !
C’est mon père : mais attention, quand il se met à « blaguer » sur le piment (j’ai compris que blaguer signifiait « parler ») il ne s’arrête plus. »

C’est ainsi que nous avons fait la connaissance d’Andde Darraïdou, ancien maire d’Espelette et qui plus est, membre d’un groupe de jeunes qui se sont lancés dans l’aventure de l’Appellation d’origine contrôlée. AOC

Nous avons passé un grand moment de bonheur dont je vais essayer de vous relater l’essentiel.
Si je devais commettre malgré moi, une erreur, j’espère que Andde ne se génera pas de la rectifier et de me corriger.

Je vais donc céder la parole à Andde Darraïdou.

"On a toujours cultivé du piment à Espelette.
Il paraît que le piment est arrivé chez nous, apporté par un moine voyageur.
Je vous rappelle que tous les piments sont originaires des Amériques.

Les gens du village cultivaient donc quelques piments, mais simplement pour leur usage familial, car à l’époque il n’y avait ni frigo, ni congélateur On utilisait le piment pour conserver la viande en particulier la viande de la race locale des porcs de couleur noire et rose. Notre piment cultivé était bien moins cher que le poivre.


Les piments sont enfilés sur des cordes et suspendus sur les façades pour sécher.


 

Les piments étaient plantés. Leurs fruits étaient récoltés et on les faisait sécher en les suspendant  le long des façades des maisons.
On produisait en quantité suffisante pour les besoins de la famille et, s’il en restait un peu, ma foi, on vendait l’excédent.

Comme dans tous les pays, la vie des villages  était rythmée par des fêtes.
Les fêtes religieuses qui sont de véritables jalons, mais aussi des fêtes tout simplement pour s’amuser et pour oublier que  la vie est parfois dure.

C’est ainsi qu’un groupe de  « jeunes » se mit à la recherche d’une raison, aujourd’hui on dirait d’un thème de fête et une autre société leur suggéra d’organiser une fête autour du piment.

Aujourd’hui, les jeunes d’alors ont les cheveux blancs, mais la fête qu’ils organisent attire des milliers de visiteurs.

Encouragés, bien conseillés, les jeunes passèrent à la vitesse supérieure et la culture du piment prit de l’ampleur.
Seulement voilà, qui connaissait le piment d’Espelette en dehors de sa région de production ?

Et ce fut tout le travail de dizaines d’années de faire connaître le piment d’Espelette ( je dirais de faire reconnaître les qualités du piment d’Espelette.)

Quand on est animé d’un idéal, on retrousse ses manches et c’est ainsi que les jeunes pionniers se mirent en marche avec leurs « cordes » sur lesquelles ils avaient enfilé leurs piments.

Ils rencontrèrent les grands cuisiniers de l’époque et ces cuisiniers comprirent rapidement tout ce que le piment d’Espelette peut apporter à une cuisine que l’on disait « nouvelle » à l’époque. »

On dirait un conte de fée, mais ce serait oublier que les contes de fée n’existent pas.
La vie ne sourit qu’à ceux qui savent «  mouiller leur chemise »
On n’a rien sans rien, surtout quand on fait partie des pionniers.
Après les pionniers qui ne comptent ni leur temps ni leurs efforts,  vient l’époque des gestionnaires, de ceux qui structurent, de  ceux qui rentabilisent.

Les piments d’Espelette que l’on pesait en centaines de kilogrammes se pèsent actuellement en tonnes.
Ils font partie des produits qui font la grandeur de la grande cuisine française

à laquelle ils ajoutent « un petit  je ne sais quoi » qui lui permet d’atteindre des sommets.

Je pense que le piment d’Espelette est avant tout un produit magique :

magique oui, pour les cuisiniers bien sûr, à condition qu’ils apprennent à l’utiliser à bon escient.
magique aussi, pour ceux qui le cultivent et qui avec un peu  de terre, quelques gouttes d’eau et un grand coup de soleil, vous fabriquent une poudre qui enchantera vos plats.

magique enfin, car comme tout produit issu de l’alchimie,  n’essayez surtout pas de percer son secret de fabrication.

Le piment d’Espelette est un savant mélange d’une sélection des meilleures graines, arrosées des plus belles gouttes de pluie, le tout mûri sous les plus beaux rayons de soleil, le tout sous le regard bienveillant mais sévère des anciens qui y ont investi tout leur cœur.

Et l’on ne se trompe jamais quand on joue cœur.

Suite au prochain article

Illustrations photographiques © Papy Jipé

Un vaste choix de produits à base de piment d'Espelette.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*