Philosophie de la méthode de Papy

Le corps médical et le corps enseignant ont de nombreux points communs.
Celui qui nous intéresse aujourd’hui, est le fait que chaque domaine possède des généralistes et des spécialistes.

L’instituteur de base – celui qu’on l’appelle « l’instit » tout cour, est sans nul doute un généraliste.
Il doit tout savoir : enseigner le français, les math, la géographie, l’histoire, les sciences… c’est pourquoi il est moins bien payé que son collègue qui n’enseigne qu’une seule matière.

Vous trouver cela normal ?
Ah bon !

Vous confiez votre corps aux médecins, alors n’oubliez pas que vous confiez ce que vous avez de plus précieux, – vos enfants – aux professeurs dont le plus important reste pour moi, l’instit.

Rien de sert de courir….
Ce n’est pas moi qui l’ai inventé.
Rater le départ dans la vie, c’est ne pas mettre les meilleures chances de son côté.

Un menuisier qui rate une planche en saisit une autre. Un instit qui rate un gamin, il en fait quoi ?

Je me permets d’aborder le sujet, car je suis un transfuge, ou un parvenu. C’est à vous de voir. Après bon nombre d’années de généraliste, je suis devenu prof spécialisé.
Il me semble donc que je parle en connaissance de cause.

Quand j’ai débarqué comme prof de cuisine, dans ma nouvelle région, nous en étions à l’époque où deux compères avaient publié un livre de cuisine comprenant 125 recettes.
Pour réussir son CAP, il fallait savoir réaliser toutes les recettes.

C’est bien, c’est sécurisant du moins en apparences.
Car le cuisinier qui sait réaliser une tarte aux pommes n’est nullement obligé de savoir réaliser une tarte aux cerises ou aux poires.
Ce n’est pas au programme !

Moi, ce genre de truc me fait sauter au plafond ou sortir de mes gonds.

Le véritable problème est, une fois de plus, de savoir ce que l’on veut :

Fabriquer :

– des ouvriers spécialisés,
– des élèves genre  modèle déposé par le rectorat
– ou des vrais cuisiniers intelligents ?

Vous vous en doutez : oser se révolter contre la sacro-sainte hiérarchie est la meilleure façon de se faire blackbouler.
Un empêcheur de tourner en rond !

Cela m’a valu quelques marques d’estime et beaucoup de réflexions peu intelligentes.

Toujours est-il, qu’à force d’insistance, j’ai réussi à faire admettre qu’il fallait avant tout ne pas enseigner la réalisation de plats mais la connaissance des techniques.

C’est à partir du moment qu’un cuisinier connaît ses techniques, qu’il devient à la fois efficace et créatif.
C’est pourquoi, il me semble plus important d’expliquer les techniques que de donner de simples recettes que l’on suit à la façon des itinéraires sur une carte.

C’est en expliquant le pourquoi, que l’on mettra l’apprenant en situation de définir ses « comment. ».

C’est le prix qu’il faut payer pour devenir cuisinier de cœur et surtout d’esprit. !

 

Amen !