Histoire de trous.

Une histoire de trous….

L’humour à la sauce ponts et chaussées.

C’est l’histoire d’un trou qui rencontre un autre trou.

« T’en fais une drôle de tête. T’as des problèmes ?

  • M’en parles pas ! Je suis au fond du trou.
  • Pourtant, je croyais que tu avais une belle vie.
  • C’est vrai : j’avais réussi à creuser mon trou dans un petit village ; je menais une vie paisible. Les gens me connaissaient et ils me respectaient. Je n’ai jamais fait de mal à personne. C’était la belle vie dans mon petit trou perdu. Pas trop de circulation : une vie pépère ma fois. J’avais droit à un ou deux soins par an, histoire de fournir un peu de travail au cantonnier.
  • Et alors ?
  • Un jour, l’ingénieur des ponts et chaussées a pris sa retraite. Il fut remplacé par un jeune ambitieux qui s’était mis en tête de faire la chasse aux trous. Alors, je me suis trouvé au chômage.
  • Ah bon : et alors ?
  • Je suis allé à l’ANPE (agence nationale pour les exclus.) Mais tu sais ce que c’est. A l’heure actuelle,  c’est la crise, personne ne veut plus de trous. Depuis que l’on a inventé les chaussettes introuables et les pneus increvables, il n’y a plus d’avenir pour les trous.
  • On m’a proposé de monter sur la côte où paraît-il on pratique encore régulièrement le trou normand. Mais cela faisait trop loin, sans oublier l’instauration du permis à point : un trou normand, tu souffles dans un trou : un trou dans ton permis ! Si ce n’est pas un malheur ! Alors j’ai tenté ma chance à Paris, mais quand je suis arrivé, on venait tout juste de fermer le trou des Halles.
  • Te voilà dans de beaux draps mon ami. Que vas-tu faire ?
  • Ben, un jour j’ai vu un panneau qui annonçait trou en formation alors je me suis inscrit et je suis actuellement des cours mais sans grande conviction.
  • Trou
  • Mais, si je me souviens bien, tu as de la famille. Tu as cherché de ce côté-là ?
  • En effet, j’ai bien un cousin qui travaille en Italie. Là-bas, les trous sont très recherchés.
  • Comment ça ?
  • Et bien en Italie l’industrie des pâtes utilise beaucoup de trous.
  • Tu peux m’expliquer ?
  • Ben voilà : pour fabriquer les macaronis, on prend un trou, on met de la pâte autour et l’on étire le tout. Mais l’avenir semble également bouché de ce côté-là, car les gens consomment de plus en plus de spaghetti. Les macaronis n’ont plus la côte.
  • Et ta famille, comment elle prend cette situation ?
  • Ma femme a essayé de se recycler dans la lingerie à trou trou ; quant à mon fils il a accepté de changer de couleur. Il s’est fait trouvère mais avec la généralisation des chaîne haute fidélité et la démocratisation du home cinéma, il n’y a plus d’avenir pour les troubadours. Ensuite, il a pensé à faire trou de golf, mais comme il n’y en a que 18 par parcours, il faut du piston pour faire partie de cette élite sportive.
  • Alors que vas-tu faire ?
  • J’ai pensé à m’expatrier : il paraît qu’en Suisse, il y a encore du travail pour nous autres. Il y a bien sûr les trous de Bâle. On recrute également des trous du côté de Gruyère. D’ailleurs, mon cousin a réussi en suivant une formation musicale. Il est devenu Yodler et se fait appeler Troulala-itout.
  • Si ce n’est pas triste une vie pareille ! Pourtant il y a des trous célèbres, mais ils sont réservés à ceux qui sortent de l’ENA (école nationale des Ambitieux) Il y a le fameux trou de la sécurité sociale, le non moins célèbre trou de la caisse des retraites. Mais ce sont des trous de luxe. Ce n’est pas pour nous. Je me contenterais d’être un petit trou dans le budget, mais c’est un travail saisonnier.
  • Alors mon pauvre tu as tout essayé ?
  • Ben oui, et sans grande réussite. J’ai même travaillé dans l’industrie de CD et DVD. Tu sais : le langage binaire : le 1 : un trou, le 0 pas de trou Mais ça m’a rendu dingue ce constant changement. Je me suis retrouvé chez le psychiatre.

Ainsi va la vie. Les trous n’ont plus la côte. Les petites gens ont fait place aux ambitieux. Il faut savoir voir grand. Et pendant que nos deux trous se désolent sur leur sort, là-haut dans le ciel, le soleil continuait à creuser le trou d’ozone sous l’œil amusé du trou noir de notre galaxie.