ANECDOTE : LE CHIEN DE « OIN-OIN »

Pour être tout à fait franc, je vais vous raconter l’histoire d’un homme dont je ne connais pas même le nom.
Dans le quartier, tout le monde l’appelait « oin-oin »
Alors, je faisais comme tous les autres j’allais chez « oin-oin » quand j’avais besoin d’un journal, ou de timbres.

Car « oin-oin » » tenait le bureau du tabac dans ma rue, à deux pas de chez moi.

On prétend que les bureaux de tabac sont attribués aux handicapés, aux blessés de guerre. Je n’en sais fichtrement rien, mais cela pourrait être vrai.
« Oin-oin » était un petit bonhomme.
A le voir, les mauvaises langues disaient «  il a été démoulé trop tôt. Il n’avait pas encore fini de cuire ».

Pourtant, à le regarder, « Oin-oin » était tout ce qu’il a de plus normal, à part peut-être qu’il parlait comment dire … il parlait du nez, comme s’il était définitivement enrhumé.
C’est pourquoi le surnom de « oin-oin »  à la place de « oui-oui ! »

Voilà, j’ai planté le décor.
On y va pour l’anecdote.

A l’époque, j’avais pour fidèle compagnon, un Labrador tout blanc : Nimbus.
Chaque jour, il exigeait au moins, trois ou quatre promenades, vidanges.
Et nous passions immanquablement devant le bureau de tabac de « Oin-oin »

« – Bonjour,
– bonjour ça va ?
– on fait aller. »

Nous avions toujours des choses importantes à nous dire.

Quelques mois ont passé, et je continuais mes promenades quotidiennes.

Un jour, alors que je passais devant le bureau de tabac « Oin-oin », les bras levés vers le ciel, s’écria :

« Allez vite sur l’autre trottoir.
J’ai acheté une chienne.
Je ne veux pas que votre chien vienne la voir. »

Je sais bien que « mon gamin » était un séducteur, mais de là, à craindre pour la virginité de la chienne de « Oin-oin … » quand même !

A partir de ce jour, je dus faire un détour pour éviter à la chienne de voir mon gamin, et à « Oin-oin » de risquer un infarctus !

Puis, comme toujours, le temps fit son œuvre.
Les esprits se calmèrent et les chiens purent enfin échanger des bisous, tout ce qu’il y a de plus pudiques.

Un jour, j’ai trouvé « Oin-oin » l’ai triste et abattu.
«  qu’est-ce qui vous arrive ?

– bien, je suis allé voir le vétérinaire et il m’a dit que ma chienne avait une dysplasie de la hanche. Elle va finir paralysée. Le vendeur est  un escroc. Je vais aller le voir ! »

Quelques jours plus tard, je retombai sur « Oin-oin »

« Alors ? Vous avez vu le vendeur ?
– Oui.
– Et alors ?
– Il a accepté de reprendre ma chienne et de m’en donner une autre.
– Mais, pourtant vous l’avez gardée. Pourquoi ?
– Et bien quand le lui ai demandé ce qu‘il en ferait, il m’a répondu que ne pouvant la vendre, il allait l’euthanasier.
Alors je l’ai gardée. Tant pis, on verra ce que nous réserve l’avenir. »

J’ai vite tourné le dos pour que « oin-oin » ne voit pas les larmes dans mes yeux.
Mais, à partir de ce jour, je me suis fait un devoir de passer au bureau de tabac, même si je n’avais besoin de rien.

Et puis, j’ai été victime d’une agression.
J’ai perdu l’usage de ma jambe droite à cause d’un chien de politichien qui m’a fait tomber !
J’ai déménagé pour revenir dans mon pays natal.
Mais, j’ai gardé la nostalgie de mes 30 ans passées dans le Nord.

J’ai aussi gardé quelques amis.
Internet rapproche les gens.

Un jour, poussé par ma curiosité, j’ai téléphoné à mon ami Régis, le boucher de ma rue.
Je lui ai demandé des nouvelles de mon ancien quartier.
Régis a annoncé la liste des anciens décédés entre temps.
Puis je lui ai parlé de « Oin-oin » et de sa chienne

et j’ai appris….

Le vétérinaire avait eu raison.

La chienne a fini rapidement paralysée.
Il eut été normal qu’elle soit euthanasiée.
Mais « Oin-oin » ne pouvait se résoudre à perdre sa compagne.
Alors, un soir, il s’était enfermé dans sa cave.
Il avait bricolé toute la nuit.
Il avait acheté un skateboard.
Il avait fixé une planche sur le skate.

Et, le lendemain matin, il avait posé l’arrière train paralysé de sa chienne sur la planche et l’animal, dans un geste reflexe, comme s’il avait compris, s’était mis à avancer à la seule force de ses pattes avant.

La nouvelle m’étant parvenue via internet, je n’ai pas été obligé de me tourner pour cacher mes larmes.
Mais elles coulaient.
Vous pouvez me croire.
 

 

 

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